Changer de vie

Mon choix d’être actrice a toujours été guidé par une envie de « non choix », un désir de pouvoir changer de métier à chaque nouveau rôle… Alors il y a un an, voyant que mon métier de comédienne devenait de moins en moins compatible avec mon envie (mon besoin ?) d’être présente auprès de ma famille, j’ai commencé à réfléchir à un nouveau métier… Un nouveau rôle dans la société…

J’ai fait un bilan de compétences auprès de Formation et Avenir, ce bilan m’a questionnée sur mes choix passés et mes envies pour la suite. Un bilan pour mes 35 ans, c’était le bon moment ! (Et puis, mon père, presqu’au même âge et pour des raisons similaires, avait lui aussi quitté un métier artistique pour partir sur de nouveaux rails… Donc pour moi, il n’y a rien d’incroyable à se relancer dans des études à 30 ou 40 ans passés…)

Me voici donc à la fin de mon bilan, le résultat est relativement évident, l’enseignement me correspond tout à fait… Alors, y’a plus qu’à !

C’est à partir de décembre, alors que j’arrive en fin de droit de mon intermittence que je me lance à corps perdu dans la course au CRPE. Je lui sacrifie mes amies : elles me manquent, elles m’appellent régulièrement, elles me réclament… Mais je leur préfère les mathématiques. Je lui sacrifie aussi mes enfants : mes enfants que je n’accompagne plus ni à l’école ni dans leurs activités, mes enfants avec qui je ne passe plus un we, mes enfants qui me manquent terriblement mais à qui je pense irrégulièrement entre deux révisions de l’imparfait du subjonctif… Je lui sacrifie enfin mon homme : mon homme qui croit en moi plus que je ne pouvais l’imaginer et qui se met en quatre pour que je réussisse. Bien sûr, c’est dur, très dur même, mais étonnamment c’est grisant aussi. Un peu comme les sportifs qui sont drogués par le sport, je me sens « droguée » par la connaissance du système éducatif…

Cette année aura été éprouvante mais j’aurai rencontré des gens merveilleux, je pense à Jeff mon binôme de travail, je pense à Isabelle, Virginie, Belsem, Solange et les autres… en effet, malgré l’échéance du concours, j’ai rencontré une incroyable solidarité.

Et puis arrive l’épreuve… Je me sens à l’aise aux écrits et d’ailleurs mes notes me donnent raison. Avec Sandro nous fêtons mon admissibilité : champagne et dîner au Gourmet de Sèze… Quel régal ! Beaucoup de mes proches s’étonnent : fêter l’admissibilité alors que je ne serai peut être pas admise… Bien sûr, mais chaque étape mérite une récompense, on travaille tous comme des fous, il faut aussi prendre le temps de décompresser… Merde Zut quoi 😉

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Bon, la décompression est de courte durée… Pour les oraux, je suis dans un état d’angoisse comme je n’avais jamais vécu. J’ai pourtant joué des spectacles difficiles, j’ai été sur scène devant un public hostile, j’ai joué en plein air avec des gamins qui venaient me tirer le costume… Je devrais être vaccinée… Mais non ! Les jours, puis les heures qui précèdent l’oral de CSE/EPS sont interminables, j’ai envie de vomir, je tremble, je suis mutique… Je ne me reconnais pas, c’est dur. Et finalement, on m’interroge sur « la natation en GS » et « l’enseignement de la laïcité », face au jury, je reprends des couleurs, ma verve naturelle se réveille, je me lance presque joyeusement dans mes deux exposés et je réponds aux questions du jury comme si nous étions entre amis, l’ambiance est vraiment agréable, je me sens à ma place : je sors en état de grâce !

Et puis, 10 jours plus tard (le 22 juin, jour de l’anniversaire de mon frangin)… Dernière étape : oral d’arts visuels, j’attends cet oral depuis 6 mois, j’ai préparé ma séquence d’arts visuels avec passion, mon thème est : « Mes émotions : de mon corps à la toile et de la toile à mon corps » j’ai pu tester mes séances avec mes enfants, j’ai peur mais en même temps je crois maîtriser mon sujet… Finalement, l’heure face au jury est atroce… Interminable… En face de moi, les deux femmes me regardent avec un mépris profond, elle me questionnent mais je ne comprends même pas les questions, je me sens dans un trou noir, je regarde le chronomètre, il me reste 20 minutes de souffrance, d’humiliation, je bredouille, je retiens mes larmes, je veux m’enfuir… Mais je souris comme une conne, je m’excuse d’être aussi nulle, j’attends très patiemment et gentiment la fin de mon calvaire. Suite à ce 22 juin (mon frérot m’avait pourtant prévenu que le 22 juin était un jour maudit pour les concours…) mon entourage me soutien « t’inquiète pas, elles ont voulu te tester, ça ne veut rien dire, tu seras peut être surprise d’avoir une bonne note !… » Je ne les crois pas deux secondes… Et j’avais raison………………………….

Ça y est, dernier jour du mois de juin, c’est le dénouement.

On attend les résultats pour la « fin de journée », mais mon amoureux se branche sur le site à partir de 9h, il remet la page à jour tous les quarts d’heure… Il ne travaille pas beaucoup. Moi je déserte l’appartement, je remplis ma journée de futilités qui me vident la tête.

Ce soir, Sandro a réservé chez La Mère Brazier, eh oui : sans connaitre les résultats !! Ma mère, en bonne auvergnate, a peur du mauvais oeil, « mettre du champagne au frigo et réserver une table au resto » : c’est risqué, ça attire le mauvais sort !!!! Mais je lui explique que lorsque je félicite mes enfants, je ne félicite pas leur résultat mais je félicite le travail accompli QUELQUE SOIT LE RESULTAT ! Cette année, j’ai bossé comme une folle, donc je mérite largement d’aller goûter la cuisine de Mathieu Vianney… Vous ne trouvez pas ?

Les résultats se font attendre, je suis déjà prête à partir au resto, notre nounou arrive dans 15 minutes, je me sens mal à l’aise de partir sans savoir, je tourne dans l’appartement comme un lion en cage quand Sandro me saute dessus « tu es maîtresse ! » Mes enfants hurlent de joie ! Moi, je reste coite devant mon écran… Ca y est la nounou sonne ! On trinque avec elle, on embrasse les enfants, j’envoie des tas de textos à la famille et aux amis, on s’empiffre de foie gras et de riz de veau… Tchin, tchin !

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Quelques jours après je vais à la criée pour mon affectation, on nous appelle à tour de rôle (en fonction de nos notes) et on fait notre choix : j’obtiens un poste de PES (professeur des écoles stagiaire) dans l’école d’Ester… C’est dingue !

Quelle folle année ! Je pense à ceux qui m’ont donné envie de ce métier : mes maîtresses de moyenne et de grande section de maternelle que j’ai tellement aimé ! Et puis je pense au maître d’Ester… Il fait son métier avec tant de passion et il m’a tellement soutenu cette année… Dire que maintenant on est collègues !!

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2 réflexions sur “Changer de vie

  1. Pingback: Barback : sacré pirate !! | bambinisurterre

  2. Félicitations !
    Pour moi aussi, c’est une reconversion tardive. Je confirme que la préparation pour le CRPE est un véritable marathon qu’il ne faut pas prendre à la légère !

    J'aime

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